Je sors du super-marché. Bon, je peux concevoir que l'expérience n'ait rien d'extraordinaire pour la plus grande partie de la population, mais comme je n'ai plus l'habitude, je me sentais un peu
comme Usbek arrivant à Paris.
En premier lieu, l'abondance de tout. Le rayon des yahourts sur 10m, par exemple. Quelqu'un a-t-il déjà eu l'idée d'acheter un yahourt de chaque marque qui lui était proposée? Il y aurait de quoi
manger pour un bon mois... au moins...
La lumière des néons, blafarde, sous le plafond bas et blanc, immense. L'idée d'un batiment d'une si grande surface sans la moindre fenêtre pour laisser entrer la lumière a éveillé en moi des
angoisses de claustrophobe.
Les odeurs ensuite. Les rayons de nourriture qui sentent le froid, l'air climatisé. Ceux des valises et des l'éléctroménager qui sentent le plastique et le nylon neuf, ces odeus artificielles,
violentes, pour ne pas dire agressives, qui vous donnent très vite mal à la tête.
La musique, à l'image des odeurs. Violente et agressive elle aussi. De la techno, par définition répétitive donc, et mauvaise, de surcroît.
Les gens, qui sont ici en famille pour une sortie hebdomadaire, la liste de leurs courses à la main, les enfants dans le chariot, avec une barre chocolatée pour les faire patienter. Les employés,
au sourire forcé et au regard fatigué, les caissières, mécaniques en cette fin de journée, après avoir passé plusieurs heures à répéter les mêmes gestes et les mêmes phrases.
Et cet univers, qu'on appelle "temple moderne de la consommation" dans la mauvaise presse, doit me donner envie d'acheter? De me précipiter sur les rayons pour remplir mon caddie? De me délécter à
comparer les mérites de deux produits?
Si je n'avais pas eu une bonne raison de me trouver ici, j'aurais pris mes jambes à mon cou. J'ai pensé à la Biocoop où je vais régulièrement faire mes courses. A ses baies vitrées, aux petits
rayonnages en bois, aux graines vendues en vrac, aux noms des produits, qui font rêver. (les "graines d'alfalfa à germer", le "tofu soyeux" ou le "thé blanc des anges"). CA, ça me donne envie
d'acheter.
La boutique à taille humaine, avec de la lumière (oui oui, celle du jour!!) et des employés humains eux aussi. C'est peut-être une question d'ambiance, mais ils sont toujours disponibles, le plus
souvent avec le sourire. On se sent bien, on se sent à l'aise et à la saison des pêches, l'odeur des fruits envahit la moitié du magasin. C'est-y pas merveilleux, des fruits qui sont vendus
mûrs?
Les conditions d'implantations des super-marchés sont moins restrictives pour "faire jouer la concurence". Ca marche très bien sur le papier, l'offre et la demande. Mais dans la
réalité? Le "consommateur" (non, nous ne sommes plus des personnes mais des consommateurs) auront-ils le temps de comparer les prix appliqués dans les 2 ou 3 grandes surfaces les plus
proches? Pour les plus malins, il faut également tenir compte du prix du trajet, l'essence augmente, comme chacun sait. A mon avis, les grandes surfaces vont se multiplier,
point. Sans pour autant entrainer une baisse des prix significative.
Sauf... Sauf si la tendence actuelle se confirme: les français freaient de moins en moins leurs courses en super-marché, du fait de l'augmentation du prix de l'essence, justement... La
tête des investisseur devant des surplus de yahourts à n'en savoir que faire! Et hop, yahourt matin, midi, et soir pour tout le monde! Un PDG exclusivement nourri au yahourt (puisque leurs
enployés ne mangent que des pates pour faire passer leurs anti-dépresseurs, il n'y a pas de raison)! Et si finalement, on tenait le bon bout?